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Cyril Lignac, oui chef ! (2/2)

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Goosto.fr - Revenons à l'émission. Vous tournez demain le quatrième épisode donc difficile d'avoir beaucoup de recul mais, comment vivez-vous cette expérience ?
Cyril Lignac -
J'ai adoré ! Ca n'a pas été facile au début. J'étais très impressionné par les caméras. Impossible de rester naturel. Je bégayais, je perdais mes moyens. La production a dû se poser de sérieuses questions... Et puis, il y a eu un déclic, j'ai oublié les caméras ! C'est une formidable aventure humaine et je ne suis pas le seul concerné ! Pour chacun de nous, moi, les profs et la brigade, l'aventure a été extra personnellement et ensemble. Je suis passé par de terribles moments de doute, de peur et d'humilité. J'avais dit OK au pari, j'avais entraîné ces jeunes dans cette aventure mais est-ce que j'allais être capable de les assumer ?

Goosto.fr - C'est l'histoire d'une rencontre donc ?
Cyril Lignac - Et quelle rencontre ! Sans doute la plus belle de ma vie jusqu'à présent. Transmettre le savoir c'est bien mais là, c'est la passion, l'envie de saisir la dernière chance qu'il fallait transmettre. Et ça a marché ! Je me suis énormément attaché à toute la brigade. Mickael, c'est mon petit frère ! J'ai vibré et je suis tellement heureux de le voir aujourd'hui ! Ca y est, c'est fait, il est parti ! Il est mordu.

Goosto.fr - Mais vous n'aviez jamais reçu de jeunes apprentis ? Pourquoi avoir besoin des caméras pour vivre ce genre d'aventure ?
Cyril Lignac - En fait, je n'avais jamais eu d'apprentis. Mais j'avais déjà embauché en cuisine de jeunes commis sortis de l'école. Mais ça n'est pas pareil. Ils ont des notions. Et pour répondre franchement à votre question : pourquoi devant les caméras ? Parce que sans les caméras, je n'y aurais pas pensé. Certains professionnels m'accusent de faire de la comédie, d'autres rient de l'émission parce qu'il est impossible de former des cuisiniers en 4 mois. Evidemment qu'on ne forme pas un cuisinier en quatre mois ! Qui prétend le contraire ? Mais tous vont continuer à apprendre avec moi. Moi aussi je continue à apprendre, dans ce métier, on apprend toute sa vie ! Ce n'est pas une formation professionnelle qu'on a réussi, c'est autre chose, c'est proposer une nouvelle voie à des jeunes qui n'y auraient pas pensé et pour qui tout semblait bouché, fermé, impossible. Et le mieux, c'est que ça a marché !

Goosto.fr - Et quelle est la recette de cette réussite d'après vous ?
Cyril Lignac - Je vais vous le dire ce qui a marché : c'est que quelqu'un, en l'occurrence moi, une fois, a mis la main sur l'épaule de Mickael en lui disant je vais t'aider. Tu n'es pas un nul. Et je vais prendre soin de toi parce que tu le mérites.
Il y a ce moment très clair dans les 4 mois où je leur demande de me faire confiance et ils me donnent leur confiance pour y aller ensemble. Et à partir de ce moment où ils me donnent leur confiance et où je ne la trahis pas, les progrès arrivent considérablement. Quand je repense à ce moment où tout a basculé, je suis encore tout ému.
Mais attention, il faut prendre du temps ! Parmi les chefs qui disent ne plus croire dans les jeunes d'aujourd'hui, combien accordent un peu de considération aux jeunes qu'ils accueillent ? Combien auraient accordé le moindre crédit à un Mickael qui se serait présenté à la porte de leur cuisine ? Pourtant, cuisiner c'est généreux, c'est aimer partager. Cela facilite également la qualité des rencontres.

Goosto.fr - En quoi la cuisine a-t-elle facilité la motivation des membres de votre brigade ?
Cyril Lignac - Tout simplement parce la preuve de la qualité de ce qu'on fait est incontestable. Quand un jeune en difficulté professionnelle, qui a toujours cru qu'il était nul et incapable, cuisine un plat, le goûte et se régale, il se dit "tout baigne !, c'est bon, je suis bon !". Et moi, quand je vois ça, ça me fait dresser les poils sur la peau. Et je me dis que si l'émission n'a servi qu'à ça, c'est gagné ! Je suis d'autant plus content que je l'ai fait sincèrement et ça a marché. Je crois que j'ai réussi à transmettre un peu de cette passion qui est en moi.

Goosto.fr - Qu'ont su vous transmettre Jacques et Laurent Pourcel ?
Cyril Lignac - La perpétuelle remise en question, une grande preuve d'humilité. Je leur serai toujours reconnaissant de ce qu'ils m'ont appris et de l'attention qu'ils m'ont accordée. Ce sont mes modèles, voire mes idoles ! Et je pense que je partage aussi le même esprit d'entreprendre. Je veux faire comme eux.

Goosto.fr - Alors justement, si on vous offrait à vous aujourd'hui une leçon de goût, quel professeur rêveriez-vous d'avoir ?
Cyril Lignac - Sans hésitation je prendrais encore une leçon avec Jacques et Laurent Pourcel. Je me répète je sais. Mais tant pis. Je suis fan, j'aurais toujours quelque chose à apprendre d'eux. Et puis j'appendrais aussi énormément d'Eric Fréchon, le Chef cuisinier du Bristol, véritable orfèvre des jus de viande et des cuissons.
Enfin, je serais aussi ravi de prendre une leçon de goût de Pierre Gagnaire. J'adorerais. J'aime son côté "barré" et sa cuisine à la limite de l'incompréhensible. Et puis j'aime la personne. A côté je me sens tout petit. Il me fait carrément rêver.

Goosto.fr - Et vous, votre cuisine, comment la qualifieriez-vous ?
Cyril Lignac - Oh, moi, c'est une partie de mon identité. C'est plus qu'une passion, je dirai que c'est un mode de vie. C'est à la fois de la rigueur et de la fantaisie. Je suis un vrai gamin avec le goût. C'est comme les bonbons.

Goosto.fr - Vous passez à la télévision, on vous reconnaît dans la rue, à 27 ans vous ouvrez votre propre restaurant. Comment vivez-vous cette période de votre vie ?
Cyril Lignac - C'est fantastique ! Je réalisais tout à l'heure la chance qui est la mienne. Je peux avoir la cuisine telle que je l'ai rêvée avec les fourneaux que j'ai voulus. Et je me demandais "Est-ce que tu profites vraiment de ce qui t'arrive ?" C'est formidable bien sûr. Mais en même temps je veux garder les pieds sur terre. Je n'oublie pas que je ne suis qu'un artisan. Et un artisan c'est fait pour rester proche des gens. Ce n'est pas fait pour la notoriété. Il faut faire attention. Et moi, fondamentalement, ce que j'aime, c'est cette proximité avec les gens. Partager la cuisine, les émotions, la sensibilité, c'est ça qui me plait et me nourrit. Et j'ai certes 10 ans de métier mais ce ne sont que 10 ans de métier. Le plus long reste à venir. Il faut continuer à travailler.

Goosto.fr - Justement. Imaginons que nous nous revoyons dans 5 ans après notre conversation d'aujourd'hui. Que seriez-vous fier de me raconter ?
Cyril Lignac - 5 ans c'est court. Mais en même temps, la vie montre qu'elle peut parfois donner de sacrés coups d'accélérateur ! Voyons, que serais-je fier de raconter ? Oh je rêverais d'avoir plusieurs restaurants comme les Pourcel... Mais, oui, je sais. Allez, je me lance ! Je rêverais d'avoir un restaurant qui ait une étoile au Guide Michelin. Vous voyez, c'est ce que je disais, il faut travailler !

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Propos de Cyril Lignac recueillis par Véronique Braun le 18 janvier 2005. Publiés le 27-01-2005.

Photo : Avec l'aimable autorisation de Cyril Lignac et M6


Coordonnées du restaurant de Cyril Lignac
Restaurant Le Quinzième
14 rue de Cauchy
75015 Paris
Tél : 01 45 54 43 43


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